Détrompeurs : la suite

Par | 1 août 2010

Pour ne pas oublier son portable le matinMardi dernier, j’ai prononcé mon deuxième speech en anglais auprès de mon club Toastmaster, où j’ai évoqué la notion de détrompeur (poka-yoke en anglais). Ce discours reprenais l’article “Quels sont vos détrompeurs?” publié il y a deux semaines sur ce blog, et je l’ai intitulé “Everyday poka-yokes”.

J’ai eu de nombreuses réactions très positives de la part des membres du club, même si j’admet que la présentation était plutôt moyennement délivrée (mais ça fait partie de mon apprentissage :) ). Donc visiblement le concept semble plaire.

Lors de l’élaboration du discours, mes recherches m’ont mené à de nouveaux éclairages quant à la manière dont sont détectées les erreurs en milieu industriel et m’ont permis de mieux comprendre comment nous pouvons l’appliquer à la vie de tous les jours. Je vous en fait un petit retour dans cet article…


Les divers types de détrompeur

Tout d’abord, je souhaiterais revenir sur une erreur de ma part dans le précédent article. J’avais parlé des trois types de détrompeur suivant :

  • Le détrompeur de contact : la configuration de l’environnement de travail contraint l’opérateur à agir de la bonne manière. C’est comme la prise USB : sa forme physique empêche de faire un branchement incorrect.
  • Le détrompeur de signalement : l’opérateur est averti de son erreur par un signal sonore désagréable, qui ne cessera que lorsque l’erreur aura été réparée.
  • Le détrompeur chronologique : une liste de cases à cocher indique la liste des choses à faire pour que le travail soit bien fait, comme par exemple la vérification effectuée par un pilote d’avion lors de la prise des commandes.

Mais cela est inexact. En fait nous avons les deux approches suivantes :

  • Le détrompeur de contrôle : il élimine complètement le risque de faire une erreur. C’est l’exemple de la clé USB. Mais aussi l’exemple de la porte du four micro-ondes : celui-ci possède un interrupteur qui désactive le four lorsque la porte est ouverte. On ne peut donc rien cuire dans le micro-ondes à moins d’avoir fermé complètement la porte. Ce qui est préférable si on ne veut pas être cuit nous aussi par les rayonnements du four!
  • Le détrompeur de signalement : il ne fait que signaler l’erreur, et l’opérateur doit prendre la décision de la corriger. Par exemple sur leur panneau de bord, certaines voitures ont un voyant indiquant que le conducteur n’a pas attaché sa ceinture alors que la voiture tourne. Souvent même un signal sonore vient accompagner ce voyant.

Et voici les trois méthodes de détection d’erreur :

  • Le détrompeur de contact : où l’on identifie l’erreur en testant le produit selon sa forme, sa taille, sa couleur ou toute autre propriété.
  • Le détrompeur de comptage : où l’opérateur est averti s’il n’a pas exécuté le bon nombre de mouvements, ou s’il n’a pas reçu le bon nombre de pièces.
  • Le détrompeur de séquence : où l’on vérifie si la séquence des étapes prescrites dans la procédure de fabrication a été respectée.

Noms alternatifs

Lorsqu’on fait des recherches sur un thème, il est toujours intéressant de noter les mots dérivés qui s’en rapprochent.

C’est ainsi que j’ai trouvé un synonyme du terme détrompeur sur le wiki de 43 folders où il est décrit par l’expression useful landmine, c’est à dire une mine anti-personnelle utile. Cette métaphore est intéressante puisqu’elle rappelle que le mécanisme se déclenche lorsqu’on s’aventure à faire des choses que l’on ne devrait pas faire, ou pour se rappeler à l’ordre de manière infaillible. Heureusement qu’elle n’a pas les mêmes conséquences 😉 .

Le détrompeur rejoint un peu la notion de conception défensive et d’utilisabilité. L’utilisabilité est la capacité d’un système à permettre à ses utilisateurs normaux de faire efficacement ce pour quoi ils l’utilisent. Or cet objectif ne sera pas atteint sans système de prévention et de gestion des erreurs. Dans un formulaire web par exemple, on a plusieurs détrompeurs :

  • Les valeurs par défaut : elles doivent refléter les choix les plus courants des utilisateurs pour avoir le plus de chances d’être judicieuses.
  • Les validations des champs : de plus en plus, cette validation est faite au fur et à mesure du remplissage du formulaire, dès qu’on a saisi une valeur, le système vérifie si la donnée est bonne.
  • Les messages de confirmation : où l’opérateur doit réfléchir à deux fois s’il est sûr de vouloir valider l’opération, par exemple pour les formulaires où l’on supprime des données de manière définitive.

Encore des exemples…

Le site John Grout’s Mistake Proofing Center propose de nombreux exemples de détrompeurs (poka-yoke) que l’on retrouve dans notre quotidien. Ainsi il a compilé, photo à l’appui une liste de 70 mécanismes détrompeurs, puis créé un wiki dédié aux détrompeurs.

Nous retrouvons aussi de bons exemples sur le blog Design with intent :

  • Mettre son téléphone portable dans ses chaussures pour être sûr de ne pas l’oublier avant de partir.
  • Laisser le capot de son appareil photo numérique ouvert pour se rappeler qu’il faut remettre les piles.
  • Lorsqu’un collègue n’est pas à sa place et qu’on désire qu’il traite d’importants documents : poser les documents sur sa chaise afin d’être sûr qu’il les a vus.

L’auteur a aussi photographié beaucoup de bancs publics spécifiquement pensés pour être inconfortables afin que personne ne les squatte indéfiniment : benches.

Du côté des réveils, nous avons sur clocky.net deux exemples qui tombent de la table de nuit et s’échappent pour qu’on soit obligés de sortir du lit pour les arrêter (une bonne idée de cadeau :) ). Ou bien on a ceux qui sonnent à un intervalle aléatoire avant l’heure de réveil : random offset alarm clock.

Notons aussi le dispositif de veille automatique des trains, qui permet de s’assurer en permanence que le conducteur est présent à son poste et conscient.

Et enfin voici une scie circulaire mécanique remarquablement sûre (je vous conseille de visionner la démo, c’est impressionnant!).

Voilà qui viens clôturer ce petit retour sur mes recherches. N’hésitez pas à soumettre vos liens dans les commentaires si vous trouvez des choses intéressantes à ce sujet!

Auteur : Alexandre Philippe

Alexandre Philippe est le fondateur du blog C'éclair. Constamment en quête de nouvelles méthodes d'organisation, de motivation et d'apprentissage, il délivre ses éclairs d'efficacité chaque semaine sur ce blog.

4 commentaires sur l'article “Détrompeurs : la suite

  1. Mohamed Semeunacte

    C’est bien la première fois que j’entends parler de quelque chose qui s’appelle « les détrompeurs » mais j’avoue que les bancs publics spécifiquement pensés pour être inconfortable, c’est absolument génial lol

    Merci pour cet article sympa et ravi de voir que tu persévères dans tes prises de paroles en public et en anglais, bravo !

  2. Alexandre Auteur de l'article

    @Priximmo : vous êtes plusieurs à me le dire. En plus dans les autres langues, ils n’ont pas de terme à part le terme japonais original « poka-yoke ». On peut s’estimer heureux d’y avoir échappé 😉

    @remy66 : lol, c’est vrai que ça peut être utile dans une grande ville

    @Mohamed : merci pour ton petit passage sur le blog Mohamed. Eh oui maintenant on sait pourquoi les bancs publics sont de plus en plus inconfortables lol

Les commentaires sont fermés.