La stratégie du dauphin – 4ème partie : la carpe pseudo-éclairée

Par | 8 avril 2010

La Stratégie du Dauphin

Après la partie sur le dauphin, voici la suite de notre revue du livre la stratégie du dauphin, avec aujourd’hui la présentation du dernier personnage : la carpe pseudo-éclairée (CPE). C’est un état qui rapproche un peu la carpe du dauphin sans pour autant l’atteindre, d’où le terme “pseudo-éclairée”.

Si vous vous rappelez bien : la carpe, notre premier personnage, était obnubilée par un sentiment de pénurie. Mais pour la carpe pseudo-éclairée, c’est au contraire un sentiment d’abondance absolue qui prédomine. Dans la vie, la CPE ne voit pas de mal ni de vrai perdant car à long terme, tout le monde fini par être gagnant. Elle a un besoin viscéral de guérison. Elle adore se soigner en se faisant du bien et en faisant du bien aux autres. Par conséquent, elle n’est pas à l’aise avec les représailles ou la fuite. Elle ne peut pas manifester son amour par le pouvoir et cette impuissance la met en colère. La plupart du temps, la carpe pseudo-éclairée se contente du lâcher prise, qui lui permet de flotter dans le conduit d’une force supérieure à laquelle elle se soumet avec plaisir.

Ce personnage m’a particulièrement intéressé, dans le sens où il fait écho à une mode très en vogue actuellement : la positive attitude. Comme le souligne Marc Traverson dans son article Positive thinking, oui, mais pas trop !, on ne peut pas “noyer la complexité de l’être et de l’âme sous les flots d’une gentillette musique d’ascenseur”. Aussi, vouloir simplifier la vie en voyant tout en rose mène à une impasse qui empêche la CPE de développer pleinement son potentiel.

Cela dit, comme l’auteur de l’ouvrage le souligne, cet état de carpe pseudo-éclairée est un premier pas vers plus de choix, plus de marges de manoeuvre par rapport au statisme teinté de fatalisme qui s’exprime dans le comportement des deux premiers personnages : la carpe et le requin. La carpe pseudo-éclairée évoluerait en somme dans une zone grise qui précèderait l’état de dauphin car elle entrevoit les capacités immenses de l’être humain, même si elle ne parvient pas à les développer rationnellement.

Le plus grand mérite de la carpe pseudo-éclairée est sans aucun doute son pouvoir de guérison. Elle se fait un devoir de guérir tous les maux du monde. Les enfants des ghettos, les femmes battues, les alcooliques, les victimes d’abus sexuel trouveront un havre réparateur en sa compagnie. Cette notion de havre est comparée par l’auteur aux campements des autochtones nord-américains. Ce sont comme des étapes, où la CPE se guérit et guérit les autres.

Cependant, les carpes pseudo-éclairées ont tendance à généraliser le havre à tout ce qui les entourent. Aveuglées par une impression d’abondance absolue, elles ne voient aucune limite à craindre ou à surmonter, aucune frontière à poser à la réalisation du potentiel humain. Devant la réalité des choses, cette croyance en un univers omniscient qui prendra soin d’elles les pousse finalement à se dérober et à rejeter leurs responsabilités, tout comme les carpes communes.

Soucieuses de prouver et d’alimenter leur croyance dans un monde sans limite où tout est possible, les CPE saisissent chaque occasion de généraliser des phénomènes extraordinaires. L’histoire du centième singe en est un exemple. Elle raconte que des singes vivant au japon ont été éduqués par des hommes à laver leur patate douce dans l’eau pour enlever les saletés avant de la manger. Ces singes transmirent le tuyau à tout leur entourage, et à partir d’un certain seuil (le 100ième singe), toute la population était instantanément pourvue de ce savoir faire, même les singes des îles environnantes qui n’avaient pourtant aucun contact avec les autres singes! Bien sûr, ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres facultés métaphysiques fabuleuse qu’on prêterait à la nature et au genre humain.

Ce genre de croyances laisse place à une carpe enragée lorsqu’elle se rends compte que le monde n’est pas sans limite, instantané, et qu’elles restent impuissantes contre les requins. Elles se mettent alors à se définir en fonction de ce à quoi elles s’opposent. Elles maudissent “le système” dont pourtant elles dépendent puisque cela leur donne une excuse pour ne pas changer et rejeter leur responsabilité.

Dans les organisations, l’auteur classe les CPE en deux groupes distincts : la CPE métaphysique, et la CPE sociale. La première se situant parmi les employés de l’organisation, tandis que l’autre critique l’organisation de l’extérieur.

Notamment, les CPE métaphysiques sont :

  • Antimatière : elles cherchent souvent à s’évader par des drogues ou thérapies spirituelles favorisant la dématérialisation.
  • Antimâle : elles pensent que le gouvernement et la testostérone forment une combinaison impossible.
  • Antistructure : les CPE refusent les structures car elles n’acceptent aucune limite.

Et les CPE sociales sont :

  • Antitechnologie : car la technologie risque de perturber le “flux” de l’univers.
  • Anticomplexité : car cela donne trop d’endroits aux requins pour se cacher.
  • Anti-autorité : parce qu’accepter que l’autorité est nécessaire revient à accepter l’existence du mal.

On voit surtout des carpes pseudo-éclairées parmi les adeptes du gagnant-gagnant basique. C’est à dire le genre d’association qui partage les gains par un compromis “acceptable” au lieu de générer plus de valeur. Elles sont conciliantes parce qu’elles veulent se montrer gentilles envers leurs proches, sans se demander si une éventuelle percée serait possible à long terme. Dans ces conditions, les requins seront nombreux à faire la queue au seuil de la porte pour dévorer ce qu’il y a à dévorer.

Au final, on pourra résumer la stratégie de la carpe pseudo-éclairée de la manière suivante :

  • Les carpes pseudo éclairées ne croient qu’à l’abondance et ignorent l’existence de limite, de mal ou de perdant.
  • Elles croient qu’elles nagent dans un univers bienveillant qui prendra toujours soin d’elles, et qui converge vers une fin heureuse.
  • Les CPE ne veulent pas assumer la responsabilité de résoudre tous les torts contre lesquels elles se révoltent, elles ne sont pas à l’aise avec les représailles. Elles croient qu’il suffit de les signaler et que l’univers prendra soin d’améliorer la situation en temps voulu.
  • Pour elles, il suffit d’être dans le flux, se fondre dans la masse. Elles ne se rendent pas compte que c’est parfois inefficace.
  • Elle ont bien un but ultime dans la vie mais elles ne se donnent pas les moyens de l’atteindre.

En une phrase, les carpes pseudo-éclairées voient d’immenses capacités dans l’être humain mais rechignent à provoquer le changement pour ne pas troubler la marche du monde, qu’elles idéalisent, au moins à long terme.

C’est ainsi que se clôture notre présentation des personnages qui peuplent l’univers du livre La stratégie du dauphin. Bien sûr, ces articles ne sont qu’une invitation au voyage offert par le livre, où vous trouverez bien d’autres éléments complémentaires. Je pense cependant que j’en couvrirai certains à l’occasion, alors restez connectés!

Pour le moment je vous propose de faire une pause et de réfléchir aux personnages que nous avons vus. Autant vous le dire tout de suite, je m’identifie plutôt à la carpe pseudo-éclairée, mais vous vous doutez bien que j’aimerais évoluer progressivement vers le dauphin!

Et vous? Auquel de ces poissons vous identifiez-vous? Est-ce que c’est un mix entre plusieurs poissons? Ou alors peut-être changez-vous de race selon la situation à laquelle vous êtes confronté?

Je serais ravi d’en discuter avec vous!

12 commentaires sur l'article “La stratégie du dauphin – 4ème partie : la carpe pseudo-éclairée

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  3. Alban

    C’est marrant que tu t’identifies à ce dernier personnage. Sans te connaître je t’imagine plutôt comme quelqu’un qui a pas mal développé son sens critique à l’égard des mouvements « carpes-pseudo éclairées » justement.

    De tous les personnages décrits, celui-là m’a le plus marqué car il correspond à un type de pensée qui me fait réagir (probablement parce que je suis un peu comme ça aussi). Notamment les CPE métaphysiques, des personnages qui sont en général très spirituels, mais assez faibles sur le plan physique. Et leurs connaissances spirituelles finissent souvent par devenir un échappatoire où l’on se sent bien et qui permet de ne pas faire face, de ne pas « combattre » (au sens figuré).
    Cela va souvent de pair avec un rejet de la masculinité et du pouvoir.

    Pour eux, je pense que le développement personnel devrait avoir une composante plus terre à terre, physique, matérielle même, et pas seulement une histoire de débat d’idées et de spiritualité à base de « tout est parfait », « nous sommes Un » etc. (ce qui est peut-être vrai à un certain niveau, mais qui a besoin d’être confronté à la réalité).

    En tout cas merci pour ces quatre derniers articles, c’était intéressant 😉

  4. Alexandre Auteur de l'article

    @Alban : eh oui, je pense que j’ai des progrés à faire en matière de « pensée critique ». On me décrivait déjà comme un rêveur étant jeune, ça doit encore jouer maintenant 😉 Peut-être que ça a à voir avec la partie droite du cerveau, plus axée sur l’imagination que sur les détails, qui sait.
    Ta description de l' »échappatoire spirituel » décrit très bien la CPE je trouve. Qu’est-ce que tu suggèrerais comme activités plus « terre à terre »?

  5. heiwanobushi

    J’ai bien aimé tes articles et comme je te l’ai dit, j’ai fait l’acquisition du livre dès le premier et donc merci 😉
    Comme toi et surement bien d’autre, je me retrouve dans la CPE.
    La question est de savoir si ce n’est pas juste parce que c’est ce qui semble le mieux pour nous.
    Se sentir dauphin serait un peu prétentieux à nos yeux, et carpe ou requin, que nenni…
    Bref, tout cela pour dire que je me suis demandé si ma vision de moi-même était la bonne…

  6. Alexandre Auteur de l'article

    Très bonne réflexion Heiwan.
    Remarque que déjà le fait de démarrer un blog démontre une certaine assertivité qu’on ne pourrait attribuer à la carpe ou au requin. Bien que celui qui veut faire un blog uniquement dans le but de piéger des visiteurs pour faire de l’argent pourrait bien être assimilé à un requin. Quant au dauphin, oui en effet ça paraîtrait prétentieux de s’en identifier d’entrée de jeu puisqu’il s’agit d’un idéal, une perfection toujours hors de portée, qu’on n’atteint jamais vraiment.
    Ensuite je pense que ça pourrait dépendre des situations, les situations les plus inconfortables et donc où l’on se sent vulnérables étant plus propices à un comportement de carpe, dans d’autres situations où l’on se sent tout puissant on pourrait être tentés d’agir en requins, tandis que la carpe « pseudo-éclairée » pourrait être une situation où l’on se sent mieux parce qu’on est éduqué mais où dans le même temps nous manquons d’expérience ou nous refusons de confronter nos théories à la réalité.
    Peut-être que demander à l’un de nos proches comment il ressent notre attitude serait un meilleurs indicateur que s’estimer soi-même.

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  9. télésecrétariat

    La définition de carpe pseudo-éclairée me va parfaitement.
    Mais j’avoue que je n’ai pas toujours eu cette manière de penser.
    Je suis sincèrement convaincu que l’on se fixe des limites là où il ne devraient pas y en avoir, quel que soit le domaine.
    D’ailleurs je pense que la plupart des scientifiques qui ont fait les découvertes fondamentales avaient cette état d’esprit.

  10. revelessencedesoi

    bon intéressant, personnellement, merci, et comme l’univers place toujours sur mon chemin les éléments dont j’ai besoin lol ! en bonne CPE, je me demandais quelle était donc cette petite évolution récente qui m’arrivait … je n’y résiste plus …. chouette je vais peut etre pouvoir devenir un dauphin, au moins j’entrevois la finalité … merci beaucoup et en attendant je vais cogiter sur les « failles » de la coquille de la CPE que je tente de casser
    elisabeth

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  12. raphael

    Et bien juste un grand merci Alexandre pour ce blog. La « vie » via une amie vient juste de me faire comprendre mon fonctionnement atypique. Sacré cadeau de noël. Je cours acheté « la stratégie du dauphin ». Enfin avant, je vais essayer d’aller me coucher en contrôlant la phase hypomaniaque qui me guette ce soir.

    Enfin pouvoir respirer, contrôler et orienter mon feu intérieur de façon constructive. Au cas où: quel écueil éviter en priorité quand on vient juste de se rendre compte de sa « surefficience » ?

    Bonne nuit à tous les drôles de zèbres que je saurai dorénavant reconnaître vite, très vite…

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