Comment apprendre à toute allure ?

Par | 19 décembre 2011

Apprendre à toute allure

Ca y est ? Vous êtes inspiré ? Vous êtes prêt à vous lancer dans une nouvelle voie ?

Peut-être venez-vous de découvrir une personne qui vous a fortement touchée par son art. Et vous vous êtes dit : “Moi aussi je veux faire pareil !”.

Ou bien vous avez vécu une expérience inoubliable que vous voudriez à tout prix prolonger.

Seulement voilà : vous êtes débutant, et la tâche s’annonce insurmontable. C’est tellement ingrat de commencer dans un domaine sans rien y connaitre.

Pourtant il faut bien se mettre dans le bain… alors on commence par glisser un orteil, puis deux. Et puis on se dit : “Whaou ! Elle est fraîche quand même Sourire

Bref même quand on est super motivé, on déchante vite devant la lenteur des progrès réalisés.

Y’a un truc !

Alors on se dit : “Y’a forcément un truc”. C’est comme dans les tours de magie. Ce gars là, il a compris quelque chose qui m’échappe.

Une sorte de règle fondamentale qui me ferait avancer plus vite, comme des lunettes invisibles qui lui permettraient de voir la matrice, un moyen de tout comprendre en un clin d’oeil !

Alors on recherche des raccourcis. Oui ces fameux raccourcis, où sont-ils ?

Certes quand on creuse un peu, on arrive à trouver quelques astuces du métier. Mais on se rends vite compte que ce n’est pas suffisant.

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais la plupart des tours de magie sont difficiles à exécuter, même lorsqu’on connait LE truc.

Il faut savoir divertir la foule, attirer leur attention au bon endroit tout en usant d’une bonne dextérité pour que rien de flagrant n’apparaisse dans leur angle de vue.

Sans parler bien sûr de toute la créativité nécessaire pour créer sans cesse de nouveaux tours.

Je vous parle donc de changement profond, un vrai savoir-faire, et ça c’est une autre paire de manche.

Etes-vous un touriste ?

A la vérité, nous sommes beaucoup à ne pas trop oser nous engager, ce qui est normal après tout, puisque le temps est précieux.

On se dit : “Et si par hasard je n’étais pas fait pour ça ? Et si j’étais en train de  gaspiller toute mon énergie pour rien ?“.

Donc on part explorer cette nouvelle voie qui nous intéresse, mais en investissant le minimum, juste pour voir.

Du coup, nous sommes un peu comme des touristes qui se nourrissent de nouveauté et de divertissement. Et une fois que cette phase de découverte est terminée, il n’y a plus personne.

Cela me rappelle le tempérament des surefficients mentaux, ces personnalités créatives qui ne supportent pas de se fixer dans un seul domaine (et dont je partage d’ailleurs certains traits).

La logique du cerveau droit fait que nous sommes avides d’exploration. On préfère penser en arborescence plutôt que de s’appesantir trop longtemps sur un seul sujet.

L’apprentissage vaporeux

Malgré ces pérégrinations sans fin, il arrive quand même parfois que l’on  arrive à se discipliner, souvent sous l’impulsion d’une personne ou d’une institution.

On s’adonne alors à cette nouvelle discipline de manière régulière, mais à petites doses (parce qu’on voudrait quand même continuer à satisfaire notre soif d’exploration). Ca peut être sous la forme d’un cours d’une heure hebdomadaire par exemple.

Le problème, c’est que ce mode d’apprentissage est lent et laborieux.

Pour vous donner un exemple, voyez comment on galère à l’école dans certaines matières un peu annexes comme l’apprentissage de l’anglais (que nous avons tendance à délaisser au profit des matières principales).

Rendez-vous compte : nous apprenons l’anglais pendant 10 ans, à raison de 2 heures par semaine.

Puis quand il s’agit de pratiquer avec un étranger, nous arrivons à peine à nous présenter maladroitement, si encore il arrive à décrypter notre accent à coucher dehors.

Ca, c’est ce que j’appellerai de l’apprentissage vaporeux.

Chaque petite particule d’apprentissage est éloignée des autres de telle façon que nous avons du mal à les réunir pour en faire un flot logique de connaissances.

Pas étonnant donc que cette connaissance soit aussi insaisissable au moment où nous en avons le plus besoin.

Le stage intensif

Je pense que vous voyez maintenant où je veux en venir. Pour apprendre à toute allure, il ne faut pas faire les choses à moitié. Et d’autant plus que la tâche est rude.

Récemment, j’ai lu un article qui m’a beaucoup inspiré sur un américain qui voulait absolument apprendre le japonais.

Il va sans dire que cette langue est un très gros challenge pour nous autres occidentaux, bien plus que l’anglais. Alors vous vous doutez qu’il fallait vraiment être motivé.

Mais il y est arrivé !

Comment as-t-il fait ? Eh bien du jour au lendemain (enfin presque), il a complètement “japonisé” sa vie. Il a optimisé tout son environnement pour l’apprentissage du japonais.

C’est à dire qu’il a acheté Windows en japonais, a mis son Facebook en japonais, n’a plus regardé que des films en japonais et lu des livres, des blogs et des forums en japonais.

Il a donc absorbé cette langue de manière intensive comme une véritable éponge. Et au bout d’un an et demi, il parlait couramment japonais et a pu être embauché dans ce pays.

Bien sûr, je ne préconise pas d’en arriver à ce point. Parce que cela exige beaucoup de sacrifices et nous ne pouvons pas tous nous permettre de rester enfermé constamment dans notre passion aussi longtemps.

Mais notez comment le concept du stage intensif raccourci la courbe d’apprentissage, là où un apprentissage vaporeux la rallonge à l’infini.

En pratique, ça donne quoi ?

Maintenant, allez-vous me dire : “Comment j’applique ce concept à mon cadre de vie ?”.

Dans tout apprentissage, la phase la plus critique est la phase de démarrage. C’est là qu’il va falloir mettre le paquet.

Une fois que vous êtes décidé, vous allez donc entrer dans cette phase d’absorption de la discipline choisie.

C’est là qu’il va falloir faire jouer à fond la logique du cerveau gauche. Vous allez donc étudier votre sujet sous toutes les coutures :

  • Etudier le travail des maitres
  • Lire tous les ouvrages de référence, magazines, blogs
  • Fréquenter les communautés d’experts
  • Trouver les bons outils
  • Trouver un mentor
  • Et enfin pratiquer très régulièrement et de manière intensive (ne vous blessez pas quand même Clignement d'œil )

Eventuellement vous pourrez avoir besoin de vous déplacer là où se trouve la plus forte concentration d’experts. Tout dépendra de votre flexibilité.

Puis vous allez essayer de tenir le plus longtemps possible, de manière à vous arracher du status quo et de prendre un bon élan. Cet élan qui vous permettra de prendre de l’avance et donc de maintenir une motivation suffisante pour continuer.

Ensuite il y aura peut-être des phases successives de repos, où le cerveau droit aura probablement une plus forte influence, puis de reprise, comme le font les sportifs de haut niveau.

Et le tout formera un cercle vertueux menant à toute allure vers l’excellence.

Pratiquez-vous ou avez-vous déjà eu l’occasion de pratiquer une discipline de manière intensive ? Je vous propose d’en discuter dans les commentaires de cet article.

Creative Commons License Crédit photo : nicokaiser

Auteur : Alexandre Philippe

Alexandre Philippe est le fondateur du blog C'éclair. Constamment en quête de nouvelles méthodes d'organisation, de motivation et d'apprentissage, il délivre ses éclairs d'efficacité chaque semaine sur ce blog.

16 commentaires sur l'article “Comment apprendre à toute allure ?

  1. Thomas

    L’exemple des langues est bon : c’est ce que j’ai moi aussi fait pour monter mon niveau d’anglais alors que j’étais au collège. Du jour au lendemain, je me suis mis à écouter la BBC, à regarder les films en VO (avec sous-titres en anglais ou sans sous-titre). Deux « petites » actions mais qui ont fait un travail intensif et de fond.

    Petite limite quand même à ce genre de système : pour devenir vraiment « expert », il faut du temps et de l’expérience ce qu’un apprentissage rapide ne peux garantir.
    Avoir du recul, comprendre les limites, assurer les fondamentaux : tout cela ne se fait pas si rapidement.
    Mais l’intensif permet en effet d’enclencher le cercle vertueux, qui permettra l’acquisition de compétences plus poussées.

  2. Alexandre Auteur de l'article

    Effectivement Thomas, tu mets le doigts sur une notion importante. On ne peut pas forcer la nature. C’est un aspect auquel j’ai pensé lors de la rédaction de l’article. Mais là il était déjà bien assez long :)

    On appelle cela parfois la loi de la ferme, parce qu’on ne peut pas forcer les plantes à grandir plus vite
    que leur rythme normal.

    C’est le cas aussi pour certains blogueurs chevronnés, qui sont très vite frustrés que leur traffic ne soit pas tout de suite à la hauteur de leurs attentes.

  3. Jean-Philippe

    Merci pour cet excellent article Alexandre !

    J’ai déjà laissé un commentaire sur le site d’Astuce langues (vers lequel tu as fait un lien dans ton article) pour parler de mon expérience avec le japonais, en suivant la méthode de Khatzumoto que je supporte complètement.

    Finalement, je ne sais pas si tu as lu mon dernier livre, « Réveillez votre génie », car on parle de la même chose. :)

    Il faut un effort massif et continu pour vraiment avancer, tout en sachant bien s’entourer. C’est prouvé scientifiquement , les plus grands dans tous les domaines l’ont appliqué (j’explique qui dans le livre) et, c’est en suivant ces principes que Khatzumoto a pu parler couramment le japonais en un an et demi. Comme dans tout, il faut faire un effort. 😉

    PS : Je peux mettre un lien vers mon livre en version kindle ? Merci !
    http://www.amazon.fr/R%C3%A9veillez-votre-g%C3%A9nie-ebook/dp/B006B7S6HU/

  4. Alexandre Auteur de l'article

    Hello Jean-Philippe,

    Eh oui tu es bien placé pour en parler :)
    Je n’ai pas encore pris le temps de lire ton ouvrage mais ça ne saurait tarder. Et puisque j’apprends que tu es sur la même longueur d’onde, ça fera un bon prolongement !

  5. Gino

    Merci pour cet excellent article!

    Comme Thomas, j’aimerais améliorer mon anglais dans les prochains mois, j’écoute la radio en anglais assez souvent et je me suis aussi abonné à des newsletters en anglais.

    C’est certain qu’en stage intensif, le résultat doit être beaucoup plus probant. Ça viendra bien!

  6. Judith

    Je crois personnellement que pour apprendre à toute allure il faut pratiquer, pratiquer, pratiquer. S’immerger complètement dans l’apprentissage.
    Par exemple, ce week-end, j’ai tricoté des mitaines pour une de mes amies. J’ai tricoté, tricoté, tricoté… Je viens de les lui offrir et elle ne croyait pas que c’était moi qui les avais faites tellement elles sont belles (oui, bon… je suis fière de mon travail, j’avoue… ;)). Ce résultat je l’ai obtenu en pratiquant intensément. Voilà tout.

  7. Lisa L.

    La notion d’apprentissage vaporeux est excellement bien choisie pour dénoncer le plus gros problème lorsque l’on décide de se lancer dans un nouveau domaine.

    Je rejoins aussi Judith quand elle parle d’immersion. Lorsqu’il s’agit de l’apprentissage d’une langue, rien ne vaut l’immersion totale, aller vivre dans le pays, et surtout ne pas essayer de rencontrer d’autres personnes parlant sa langue natale; mais bien se fondre autant que possible dans la population locale, tant au niveau linguistique que culturel. Un peu comme le fait Jean-Philippe au Japon, il me semble.

  8. Jean-Yves

    Excellent article sur l’apprentissage.

    Je ne peux que confirmer. Tu te lances à fond, tu en fais ta nouvelle « passion », tu t’imprègnes du vocabulaire de la discipline, tu rejoins une communauté (très important ca, car ca te permet d’avancer très vite)

    Tu lis toutes les références en la matière, tu absorbes, tu progresses, tu vas plus loin (et surtout tu mémorises ce que t’apprend sinon ca ne sert à rien). Jusqu’à un moment où tu va te retourner et te rendre compte du chemin parcouru.

    C’est précisément à ce moment-là qu’il va falloir passer de la théorie à la pratique, parce que si le cerveau gauche est doué pour te faire ingurgiter beaucoup d’informations nouvelles, il est également doué pour te laisser dans tes bouquins sans que t’agisses.
    Il y a tellement d’experts « sur le papier » qui ne passent pas à la pratique… Or la pratique t’apprend des choses qui ne sont pas dans les bouquins.

  9. Samuel@motivation-au-travail.com

    Bravo pour cet article,

    Effectivement, on peut optimiser grandement l’apprentissage en prenant un « bain intensif ».

    Perso, il y a quelques années, j’ai fait un stage d’anglais de 3 semaines en intensif (cours toute la journée, pratique, et le soir, BBC comme seule source d’info). Mon anglais a fait un bond spectaculaire en l’espace de 3 semaines (même la prof en avait été surprise).

    Le hic, c’est qu’après, je suis resté 2 ans sans pratiquer… Je suis parti en Afrique, et à mon retour, je parlais le peul… Preuve si besoin qu’avec l’immersion, tu peux tout faire !

    Après, il faut bien reconnaître qu’on peut accélérer l’apprentissage, mais qu’il y a un moment ou le temps devient incompressible…

    ps. si tu as écrit d’autres choses sur le sujet cerveau Gauche/Droit, ça m’intéresse. D’avance merci.

  10. samuel

    Salut,

    très bel article et bien rédigé.

    Je prends mon exemple, pour montrer que le stage intensif que tu préconise est utile et meme indispensable.

    Lorsque j’ai débuté avec mon blog, je faisais les choses à moitié et je n’étais pas assidu.

    Mais une fois que j’ai décidé de consacrer au moins 3h/jour à mon blog, j’ai carrément obtenu en une semaine les résultats que j’avais eu en quatre mois quant j’utilisais la méthode passive.

  11. Olivier

    Bonjour Alexandre,
    C’est mon mode de fonctionnement depuis des années, c’est une qualité et aussi un défaut. Parfois ça peut faire mal parce le mur il arrive plus vite et plus fort. C’est là qu’il faut apprendre à se relever une fois de plus encore… et encore et repartir toujours à donf. :)

  12. Pingback: Meilleurs voeux 2012

  13. atef

    je viens tout juste de le découvrir ce blog,en tant qu’autodidacte je le trouve tres intéressant, merci beaucoup Alexandre.

  14. Safia

    Bravo!

    Chapeau pour tout ce travail, ce partage, cette générosité.

    Lorsque je suis démotivée je passe lire vos articles et c’est reparti pour un tour.
    Encore merci

  15. bel

    votre dossier est très juste…surtout l’aspect vaporeux de l’apprentissage.

  16. Nico

    Bonjour.

    Je suis tombé ici en me posant la question suivante: Qui sont de célèbres autodidactes?

    Je dois dire que ce blog est l’arme ultime qui me manquait pour performer d’avantage.

    En fait j’applique sans le savoir depuis plusieurs mois cette méthode intensive, je m’immerge donc totalement dans ma nouvelle passion. Je vis exactement le processus de frustration/progression lié aux connaissances que je souhaiterai acquérir maintenant tout de suite et ce qui m’est humainement possible d’ingurgiter. Et je dois effectivement garder une « imperméabilité » face aux autres du milieu qui eux, ne doivent absolument pas déceler en moi le novice qui n’a pas fait d’études longues d’histoire de l’art ou de sciences diverses mais qui a quand même choisi de devenir numismate professionnel après une superbe expérience dans le bâtiment, sans blagues, avant je ne savais pas qu’on pouvait faire autant de chose avec ses mains!

    C’est vertigineux quelques fois mais tellement excitant. J’avoue avoir des petits coups de moue et de doutes quant à ma capacité à aller au bout de mon projet mais ce blog, ah ce blog!!!
    De toutes manières là, je suis trop avancé pour reculer!

    Alors aujourd’hui j’en suis au stade de l’éponge pleine d’eau qui commence à saturer. Mon cerveau droit à du se barrer (sans moi) en vacances! « Reviens! J’ai besoin de respirer, accorde moi une trêve, une soupe de légumes, une balade à -15 en Savoie… »

    Avoir lu un peu sur ce blog m’a permis de cerner ce qu’il se passe en ce moment dans ce fantastique virage de ma vie!

    Je vais revenir, je suis déjà conquis!

    A bientôt!

    Merci Alexandre!

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