La simplicité et nous

La simplicité et nousJ’ai le plaisir d’accueillir Jean-Philippe du blog Révolution Personnelle qui vient aujourd’hui nous parler de simplicité :

De nos jours, il existe un grand mouvement social de retour vers la simplicité. Cet art de vivre dont un des extrêmes est le minimalisme, rencontre un grand succès et est, bien entendu, propagé par internet et les blogs qui s’y consacrent. Les aficionados de cette simplicité ont leurs gourous, comme par exemple Léo Babauta, mon voisin de l’île de Guam, dont le succès prouve qu’il y a une vraie demande dans ce domaine.

Simplicité grecque

Le concept de la simplicité est, en gros, un mode de vie qui prône le retour à des valeurs simples et essentielles. Il n’est pas nouveau. De tout temps, il y a toujours eu des penseurs ou des écrivains pour soutenir cette façon de vivre. Il y a presque 2500 ans, Épicure, le “Léo Babauta” des anciens Grecs, encourageait déjà ses concitoyens à la sobriété, à éviter les excès.

Surnommé le philosophe du Jardin, parce qu’il avait acheté un bout de terrain à Athènes qui lui servait de lieu d’enseignement, Épicure recevait dans son école, hommes, femmes et esclaves, un fait très rare à l’époque. Il y inculquait à ses élèves les joies d’une vie frugale car il voulait qu’ils atteignent la fameuse ataraxie, un état de bien-être dominé par une absence de troubles.

Pour toucher à ce bonheur, à cette ataraxie, il fallait donc vivre une vie simple et sobre, éviter la politique et les personnes imprévisibles. Le mieux était, selon Épicure, de s’entourer d’amis en qui on pouvait avoir totalement confiance. Et puis, bien entendu, il fallait être soi-même un Homme vertueux, affectueux, digne de foi. En clair, vous et moi. :)

La cabane au fond des bois

Un autre exemple, plus proche de nous, est celui du philosophe et écrivain américain du XIXème, Henry David Thoreau. Grand amoureux de la nature, appelant sans cesse à un retour de l’homme dans les bois, il est très apprécié par le mouvement écologiste et les adeptes de la décroissance. Dans un de ses livres, Walden, il raconte dans le détail son expérience de retour à une vie plus simple, expérience qui dura deux ans.

Vivant dans une confortable cabane près de l’étang de Walden dans l’état américain du Massachusetts, Thoreau tenta de vivre, non pas en totale autarcie, mais de façon plus proche de la nature. Sur papier, il décrit ainsi ses journées, ses réflexions et ses rencontres. Un véritable blog avant la lettre ! Sa philosophie ? Consacrer son temps aux choses qu’il considérait comme les plus importantes, à savoir vivre simplement et écrire.

Détail intéressant, dans l’un des chapitres de Walden, il raconte qu’un jour, surpris par un orage, il doit se réfugier précipitamment dans une misérable cabane où survit, dans une extrême pauvreté, une famille irlandaise. L’écrivain, choqué par leur condition, a beau les encourager à rompre avec les patrons qui les exploitent pour un mode de vie simple et indépendant, le père de famille refuse, ne voulant pas renoncer à son rêve de luxe, à son but de vivre l’american dream.

En pensant à Épicure et Thoreau, une question que je me pose est celle de savoir quels réels “encombrements” pouvaient-ils bien avoir à leur époque ? A Athènes, au Vème siècle avant JC, il n’y avait pas beaucoup de voitures, ni de supermarchés et pourtant, déjà, certains hommes comme le philosophe du Jardin sentaient la nécessité de revenir à des valeurs plus simples.

Même Thoreau, qui a connu le tout début de la révolution industrielle, ne devait pas vivre dans un monde si encombré que ça. J’ose à peine imaginer la tête de ces deux grands penseurs si par magie, ils débarquaient à notre époque. L’ataraxie serait bien loin… :)

Moins = plus

Donc vivre la simplicité, idée qui a traversé le temps, permet de se consacrer aux valeurs essentielles de la vie, en se débarrassant du reste. Mais cela va plus loin que ça. Cette sobriété de l’existence possède d’autres avantages, uniques à notre époque, comme par exemple celui de réduire votre empreinte écologique. En effet, en consommant avec modération vous taxez moins notre planète.

Ceci dit, comme du temps d’Épicure ou de Thoreau, la simplicité a ses détracteurs qui lui font le reproche d’ôter toute saveur à la vie. Cela conduit, disent-ils, à une existence ennuyeuse. En effet, comme la simplicité consiste à vous débarrasser de tout ce qui n’est pas nécessaire, vous risquez rapidement de vous retrouver avec peu ou presque rien, vivant, dans des conditions spartiates, une vie bien fade.

Ce qu’ils ne comprennent pas c’est que “moins” signifie “plus”. Lorsque l’on décide d’adopter un mode de vie plus simple, on libère des plages de sa vie obstruées par des éléments futiles, superficiels et pas absolument indispensables, pour les remplacer par ceux qui nous tiennent vraiment à coeur, par ceux que nous considérons comme essentiels. La simplicité, c’est se débarrasser de tout le bazar, de tout l’encombrement qui existe dans notre tête et dans notre lieu de vie pour faire la place à ce qui est important.

Un bon exemple est celui de Tim Ferriss, l’auteur du best-seller La semaine de 4 heures. Non, il n’est pas le Thoreau de notre époque, mais pour moi, il tend aussi vers la simplicité. Qu’a-t-il fait en gros ? Il a simplifié sa vie professionnelle au maximum, pour pouvoir se consacrer à fond aux choses qui lui plaisaient. Et si vous suivez son blog de près, vous savez que sa vie n’est pas ennuyeuse.

Faire un choix

Face au sentiment de vide que nous apporte le matérialisme, face à l’accélération frénétique de nos existences que nous amènent les nouvelles technologies, la simplicité a le vent en poupe. Parmi les jeunes générations, nombreux sont ceux et celles qui, faisant preuve d’une maturité exceptionnelle, ont compris l’enjeu que nous vivons et savent que les choix que nous faisons aujourd’hui décideront, plus que jamais, de notre “ataraxie” de demain.

Sur mon blog, Révolution personnelle, j’ai expliqué que moi aussi je veux retourner à plus de simplicité dans ma vie. En vivant à Tokyo, l’un des endroits où la population au mètre carré est l’une des plus élevées au monde, je sais que je fais face à un grand challenge mais, en fait, qui n’en a pas ?

Cette philosophie de vie nous pousse à nous poser les questions essentielles et à y répondre de nous-mêmes. Chaque jour, par chaque geste que nous effectuons, nous pouvons vivre la simplicité. Il n’y a pas à attendre les autres. Il n’y a pas à espérer de grandes décisions au niveau planétaire. Intimement, nous savons ce qui est juste.

Il n’existe pas non plus qu’une seule manière de vivre la simplicité. Chacun découvre, petit à petit, sa façon de l’appliquer. Votre simplicité sera sans doute différente de celle de votre voisin ou de la mienne, et c’est tant mieux comme ça. Il n’y a pas de mode d’emploi unique, comme au temps qui s’achève, de l’ère industrielle. Vivre la simplicité, ce n’est pas comme le travail à la chaîne, avec un groupe d’actions mécaniques que l’on répète indéfiniment.

Nous avons, chacun et chacune, à choisir consciemment nos actes, en sachant que nos décisions auront un impact sur notre futur.

Ainsi, geste après geste, nous façonnons notre propre jardin. :)

Si vous avez aimé cet article de Jean-Philippe, vous pouvez le retrouver sur Révolution personnelle. Son blog a pour but de vous aider à modifier par petites touches votre vie de tous les jours ou alors carrément, à redéfinir votre existence. Il partage avec vous son expérience afin que, vous aussi, vous changiez votre vie pour la rendre plus agréable. Toute sa philosophie est résumée dans son ebook, Êtes-vous une sardine ?, mais il a aussi écrit :

[Crédit photo : Ana Cotta]



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7 commentaires »

  1. Jean-Philippe said,

    Wrote on février 9, 2010 @ 1:34

    Merci Argancel de m’avoir ouvert les portes de C’éclair ! et ce fut un plaisir de collaborer ainsi. :)

  2. Julien said,

    Wrote on février 9, 2010 @ 10:18

    Article très intéressant! L’aspect historique est passionnant.
    Comprendre que moins c’est plus, ce n’est pas une chose allant de soi pour tout le monde. Je dois moi-même subir les gentilles moqueries de mes collègues et (parfois) l’incompréhension de ma copine!
    Je suis pour ma part partisan de l’idée selon laquelle les contraintes et les limites peuvent être libératrices. La simplicité est une contrainte, certes, mais elle permet de faire tellement de choses!

  3. docG said,

    Wrote on février 9, 2010 @ 16:56

    Bravo pour l’article.
    Pour mener à bien cette démarche de recherche de simplicité à laquelle j’adhère totalement, je vous recommande de commencer par le matériel et de prolonger par le spirituel.
    Un petit programme que je vous suggère :
    Videz vos armoires de vêtements non portés, arrêtez de faire des achats compulsifs que vous regrettez peu de temps après, mangez peu de choses, mais de bonnes choses, faites le vide dans vos relations inutiles, et dans votre agenda surchargé, commencez par apprendre à goûter un peu de temps libre et dans un second temps apprenez à vous vider la tête de toutes ces pensées parasites, ruminations en tous genres et autres pressions mentales qui vous enveloppent peu à peu dans un carcan de faux problèmes et surtout éveillez vos sens à la vie. Prenez soin de votre corps, de la nourriture que vous absorbez, des boissons que vous avalez, du temps que vous dégustez, des ami(e)s que vous recevez, de vos enfants que vous chérissez.

    Reconnectez-vous avec l’instant présent et vivez-le de tout votre coeur.

    Je vous recommande le livre de Dominique Loreau paru il y a déjà 5 ans nommé l’Art de la simplicité. Un vrai petit bijou. Vous pouvez le trouver sur mon site à l’adresse suivante : http://www.coach-meditation.com/ressources/les-livres/
    et chez tous les bons libraires.

    Pourquoi pas l’offrir à votre chèr(e) et tendre pour la Saint-Valentin?
    ;-)

  4. Jean-Philippe said,

    Wrote on février 9, 2010 @ 22:51

    @Julien Merci beaucoup ! Offrez-leur de petits tests comme un week-end sans télé et voyez leur réaction. Je pense que les gens ne sont pas convaincus parce qu’ils n’essaient pas. Après, même si ils ne deviennent pas des adeptes de la simplicité - ou des accros du minimalisme - il y a chez eux une prise de conscience. Ils savent !

    Et puis peut-être que, pas à pas, ils commenceront à modifier une chose par-ci, une chose par-là. :)

    @docG Merci ! J’ai lu le livre de Dominique Loreau que j’ai bien aimé. La seule sur laquelle j’ai des réserves se sont ses choix de couleurs (dans les noirs et blancs). Vu qu’elle vit aussi à Tokyo, j’aurai bien aimé en discuter avec elle mais je n’ai pas réussi, pour l’instant, à obtenir son contact. Ton avis sur ce point ?

  5. Argancel said,

    Wrote on février 10, 2010 @ 6:49

    @Jean-Philippe : ce fût un plaisir

    @Julien : je peux comprendre que la simplicité peut en rebuter certains. Par exemple un artiste qui aime avoir son lieu de vie encombré d’objets dans lesquels il trouve de l’inspiration. Encore une fois tout dépends certainement de la manière dont on simplifie les choses.

    @docG : eh bien c’est tout un programme! Es-tu passé toi-même par tous ces stades?

  6. docG said,

    Wrote on février 10, 2010 @ 19:35

    @argancel : oui j’ai commencé par le matériel en privilégiant la qualité plus que la quantité
    mon appartement est plutôt dans cette tendance :
    de l’espace, des matériaux nobles dont beaucoup de bois, quelques statues ramenées des nombreux pays d’Asie que j’ai visités.
    les connaissances : cela fait longtemps que j’ai fait le ménage
    mon emploi du temps : je me suis libéré petit à petit du temps pour moi
    mon développement personnel : la méditation de pleine conscience permet à coup sur de cheminer le long de cette voie
    @julien : j’ai été beaucoup adepte du bordel dans ma jeunesse ; en fait il s’agissait de me noyer dans une sorte de flots d’objets, de pensées, de personnes
    est-ce le cas de l’artiste qui y puise son inspiration?

  7. Julien said,

    Wrote on février 11, 2010 @ 12:32

    @Jean-Philippe: c’est vrai qu’il faut faire essayer les choses, tenter de “convertir” naturellement les gens. A partir de là, je trouve qu’il reste difficile de savoir l’impact qu’on a sur eux. Mes collègues continuent de me taquiner à propos de mon bureau minimaliste, mais peut-être qu’au fond d’eux ça les fait réfléchir…

    @Argancel: oui, j’avais eu sur mon blog une discussion intéressante sur la façon dont la simplification peut “dé-personnifier” ou au contraire comment elle est la manifestation de la personnalité (http://simplifierpourdurer.wordpress.com/2009/08/23/simplifier-pour-durer-2/). Les deux options sont possibles!

    @docG: je pense que la simplicité ne signifie pas nécessairement que l’on soit confronté à peu de choses. Mais je pense qu’il y a une façon minimaliste de se confronter aux choses, et c’est principalement - je pense - une chose à la fois. Mais là encore, question de personnalité.


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