La passion : conseillère d’orientation ?!

Par | 10 août 2016

Je viens de publier le septième épisode du Podcast Tranches d’efficacité, que vous pourrez retrouver sur SoundCloud ici :

Ecouter l’épisode 7 du podcast « Tranches d’efficacité »

Adaptation textuelle de ce septième épisode :

Salut les génies !

Aujourd’hui on parle de passion.

En 2005, Steve Jobs a fait un discours qui a fait beaucoup de bruit à l’Université de Stanford.

Dans le grand stade de l’université, envahi par plus de 23 000 étudiants nouveaux diplômés, Steve Jobs, le grand patron d’Apple à l’époque, a fait un discours qui est resté célèbre.

Et il y a une partie du discours qui est restée dans les mémoires.

Il a dit :

"Si vous voulez vraiment réussir, vous devez trouver ce que vous aimez… La seule manière de faire du bon travail, c’est d’aimer ce que vous faites. Si vous ne l’avez pas encore trouvé, continuez à chercher, n’abandonnez pas."

Suite à ce grand discours éloquent, Steve Jobs reçu une standing ovation. Tout le monde se leva pour l’applaudir !

Le lendemain, la plupart des médias et des blogs reprirent fièrement ses paroles sur le mérite de la passion.

Tout le monde sur la toile applaudissait cette idée selon laquelle il faut trouver sa passion pour réussir au travail.

Et cela n’a pas échappé à Maria.

Maria a 34 ans, elle vie dans la banlieue de San Francisco, et elle a horreur de son travail d’avocate d’affaires.

Au beau milieu de son travail, Maria rêve souvent éveillée. Elle rêve de vertes prairies, d’un travail où elle aurait toute la liberté nécessaire pour exprimer ses vraies passions.

Et le discours de Steve Jobs lui donne le déclic.

Ca fait depuis longtemps, très longtemps même que Maria s’intéresse au yoga, cette noble activité si propice à la paix d’esprit et à l’écoute de son corps.

Alors quand Maria  tombe sur l’annonce d’un centre de formation pour devenir prof de yoga, elle se dit que c’est un signe du destin, et elle s’inscrit sans se faire prier.

Les premiers cours sont un délice. Maria se sent enfin en communion avec ses désirs les plus profondément enfouis.

Et elle écoute avec beaucoup d’assiduité la formatrice Sonia, une femme mûre de 45 ans à la peau laiteuse et au ventre bien ferme.

Et cette formation, même si elle n’est pas donnée (il y en a quand même pour 3000 dollars) eh bien Maria en profite au maximum.

Maria partage parfaitement la philosophie de vie de Sonia, selon laquelle il faut donner et encore donner avant de recevoir toutes les bonnes choses que l’Univers a réservées pour nous.

Alors Maria y met tout son cœur. Elle obtient les meilleures notes de la formation, et elle n’hésite jamais un seul instant à prodiguer ses cours gratuitement pour amorcer le cercle vertueux qui lui permettra de gagner sa vie en donnant des cours de yoga.

A la fin de sa formation, Maria peut enfin exprimer tout son art en donnant des cours payants dans l’institut qu’elle convoitait depuis longtemps.

Mais les places sont chères parmi les professeurs. Et les horaires sont parfois difficiles à honorer : souvent très tôt le matin ou tard l’après-midi, à la sortie des bureaux.

Bientôt, les finances de Maria commencent à s’épuiser, et elle guette avec avidité du côté des professeures enceintes, bientôt parties pour leur congé de maternité.

Dès qu’elle le peut, Maria exerce sans compter. Et elle remplace souvent plusieurs professeurs à la fois. Du coup, dans les périodes fastes elle dépense son énergie jusqu’à épuisement.

Même malade, elle répond toujours présente, quitte à éroder cette image de sérénité qui devrait correspondre normalement à un professeur de yoga.

Mais les gérants du centre ne voient pas ça d’un si bon oeil.

Et bientôt ils la remplacent par une autre professeure pourtant moins douée qu’elle.

Maria ne se laisse pas abattre par ce revers du destin.

Sa mentor, Sonia, lui a toujours martelé que l’argent est dans les cours particuliers. Et elle décide donc de se lancer à l’assaut des clients.

C’est là qu’elle dépense encore 300 dollars pour se faire une photo professionnelle grâce à un photographe qui débute dans le métier, et de belles cartes de visites, qui lui donneront enfin le statut qu’elle mérite.

Au début, ça a l’air de fonctionner. Maria décroche un cours particulier avec un dentiste dont elle espère qu’il lui fera des prix spéciaux pour soulager ses factures de santé.

Ensuite, c’est un riche commerçant qui s’offre ses services à raison de deux séances par semaine, à 5h30 de l’après-midi.

Mais les clients ne se bousculent pas. Et cela n’arrange pas vraiment la situation financière de Maria. Elle se retrouve même à partager la fin de ses repas avec son chien Taco pour éviter de payer de la nourriture pour chiens.

Pour arrondir ses fins de mois, Maria est obligée de faire des petits boulots. Elle se met à exercer dans une bijouterie comme vendeuse, dans l’espoir que le contact avec le luxe résonnerait dans l’Univers pour lui rendre sa prospérité perdue.

Mais soudain, la crise de 2008 vient lui donner le coup de grâce.

Maria n’a plus les moyens de payer son loyer et son téléphone sonne constamment avec des appels venant des sociétés de cartes de crédit.

Finalement, elle doit retourner chez ses parents. Et elle se dégote d’urgence un travail de bureau.

Le retour à la réalité est amer. Mais au moins, Maria retrouve une tranquillité d’esprit.

À la fin de la journée, elle est au moins capable de se payer des restos avec ses amis.

Maria a découvert péniblement que la passion n’est pas toujours la meilleure conseillère d’orientation.

Alors pourquoi je vous casse l’ambiance avec cette histoire triste ?

Déjà pour une très bonne raison, c’est qu’on est ici sur mon podcast alors  je fais ce que je veux. Voilà tac, ça c’est fait ; )

Plus sérieusement, c’est ma réponse à la question d’une lectrice qui me demande :

Quelles activités entreprendre pour pouvoir gagner de l’argent tout en sachant qu’il n’y a pas de fond de départ ?

Question posée par Line qui a 32 ans, qui a un petit garçon et qui habite à Lomé au Togo.

Alors j’aurais pu très bien suivre les tendances des blogs et des magazines et vous dire ce que vous avez envie d’entendre.

J’aurais pu dire :

Écoute Line, qu’est-ce que tu aimais faire quand tu étais petite ?

Est-ce que tu pourrais pas trouver une profession là actuellement qui ressemblerais un peu à ce que tu faisais tout le temps quand tu étais petite, ce que tu aimais vraiment.

Et je pourrais délirer sur l’univers qu’il faudrait contacter en imaginant de la manière la plus vivide possible ce travail de rêve, pour que l’univers tout d’un coup un jour exauce cette prière et donne le métier tant espéré.

Mais l’histoire de Maria montre bien que la passion n’est pas forcément la meilleure conseillère. Surtout si on échange un métier très qualifié comme celui de Maria contre un métier que n’importe qui pourrait faire.

Donc l’idée c’est plutôt de se lancer dans un secteur prometteur où l’on peut apporter beaucoup de valeur selon ses compétences actuelles et où l’on va apprendre plein de choses et se développer au contact de personnes qui en savent plus que nous.

Et tant pis si au début, c’est pas très inspirant.

Regardez, moi je travaille dans la comptabilité. Je manipule des chiffres toute la journée et j’écris des lignes de code.

Difficile de trouver moins inspirant…

Là-dessus, c’est vrai qu’on pourrait se dire que certains métiers sont plus inspirants que d’autres.

Mais c’est pas tout à fait vrai. C’est même pas vrai du tout.

Et c’est prouvé scientifiquement par une étude de Wrzesniewski.

Donc je sais plus si c’est un chercheur ou une chercheuse. On va dire que c’est une chercheuse.

Donc elle a fait une étude et elle a envoyé un questionnaire à un certain nombre de professionnels, dans plein de métiers différents.

Et elle a demandé plein de questions sur la satisfaction au travail.

Bien sûr cette chercheuse, elle s’attendait à trouver que dans certains métiers, les gens sont super satisfaits parce que c’est un métier qui est super inspirant. Je sais pas, peut-être les peintres, les moniteurs de surf, les footballeurs, les violonistes.

Et en fait pas du tout. Elle s’est rendu compte que c’était assez homogène. Dans tous les métiers, elle a trouvé à peu près le même pourcentage de personnes qui étaient satisfaites de leur travail.

Tout ça, c’est vraiment contre intuitif hein ?

En fait, il y a quand même une tendance : plus la personne est restée longtemps dans son métier, plus elle est satisfaite de son travail.

Ca, il faut quand même bien y réfléchir à ce résultat. Et pour interpréter ça, eh bien il faut simplement se dire que quand on est au tout début d’une métier, on galère toujours.

On s’éclate forcément moins au début quand on ne connaît pas très bien les règles du jeu, comparé à dans quelques mois ou dans quelques années, quand on commence à vraiment avoir de la bouteille, et d’avoir les capacités pour apprécier davantage le jeu dans lequel vous jouez.

Et vous savez, moi après plus de 10 ans dans mon métier, si je suis encore dans ce métier, qui a l’air pourtant pas si inspirant que ça, parce qu’on manipule des chiffre, on fait de la comptabilité, c’est des trucs abstraits,  et ça n’a pas l’air inspirant au premier abord.

Eh bien la vérité c’est que je m’éclate beaucoup plus qu’au début parce que y’a beaucoup de choses que j’arrive à faire et qui ont un impact sur mes clients.

Et tout ça c’est très inspirant. Et surtout, plus on fait de la route plus, plus on a d’expérience et plus on devient indispensable pour la société.

Bien sûr, on monte en grade, on prend des responsabilités, on a un meilleur salaire.

Mais y’a encore plus que ça. En fait on devient également :

  • Autonome : les gens nous laissent plus libres dans le travail parce qu’on sait ce qu’on a à faire.
  • On a de meilleures compétences. Donc on a plus d’impact sur les clients et sur le monde.
  • Et aussi on se sent plus engagé, on se sent affilié à une cause.

Alors bien sûr, ça va dépendre de votre société aussi, si vous travaillez pour un fabriquant de tabac, je crois que la cause ne sera pas forcément inspirante pour vous.

Mais en tout cas moi dans ma société, c’est une cause qui me plait tout à fait : le fait de permettre aux clients de mon entreprise, qui sont des compagnies d’aviation, de faire des économies sur leur comptabilité pour pouvoir se développer et avoir plus de clients et avoir elles-mêmes aussi plus d’impact sur le monde.

Donc je vous résume la stratégie :

Déjà, choisissez le métier dans lequel vous pouvez apporter le plus de valeur. Pas forcément le plus inspirant. Mais celui sur lequel vous pouvez apporter plus de valeur et aussi un métier que tout le monde ne peut pas faire. Un métier difficile, qui est assez exigeant.

Ensuite, serrez les dents. Au début c’est toujours dur donc il faut que vous montiez en compétence. C’est normal. il faut que vous ayez un métier où vous avez des mentors, des personnes qui en savent plus que vous et qui puissent vous apprendre des choses.

Et vous allez voir qu’au bout d’un moment vous allez vous y faire. Vous allez monter en grade et vous allez réussir à avoir plus impact sur votre société etc.

Voilà Line, tu m’en donneras des nouvelles. Essaye cette recette et je suis sûr que tu vas réussir à trouver ta place dans un métier qui te plaît et qui te permet de gagner de l’argent.

Comme Line, si vous avez une question à poser.

Si vous voulez que je vous raconte une histoire sur la question que vous avez posée ; )

Eh bien n’hésitez pas à remplir le formulaire suivant :

Posez-moi votre question en cliquant ici

Et j’y répondrai avec grand plaisir dans un prochain épisode de ce podcast

Allez Ciao. Bye bye.

Auteur : Alexandre Philippe

Alexandre Philippe est le fondateur du blog C'éclair. Constamment en quête de nouvelles méthodes d'organisation, de motivation et d'apprentissage, il délivre ses éclairs d'efficacité chaque semaine sur ce blog.