Cultiver l’enthousiasme raisonnable

Par | 6 décembre 2009

Cet article est ma contribution au festival A la Croisée des Blogs du mois de Décembre 2009, dont le thème s’intitule “l’enthousiasme” et organisé par Fénice du blog Riche idée.

Cultiver l'enthousiasme raisonnable L’enthousiasme est habituellement appréhendé comme une vive émotion qui nous meut presque malgré nous. Attisée par la passion, elle nous pousse à nous dépasser, à nous engouffrer sur des voies inconnues que nous n’aurions osé emprunter d’ordinaire. Et au bout du chemin, elle constitue souvent l’ingrédient secret qui fait la réussite des plus grands projets.

S’il est vrai que l’enthousiasme nous donne de l’énergie, de la motivation, n’oublions pas aussi qu’il a les défauts des émotions. Comme toute émotion, pousser l’enthousiasme à l’excès peut altérer gravement notre jugement au point de nous aveugler. C’est ainsi que les arnaqueurs de tout poil arrivent à berner des hommes pourtant réputés intelligents en leur faisant voir monts et merveille, ou qu’un démagogue avisé a le pouvoir de déchaîner les foules.

Que faire alors pour conserver ce formidable moteur de changement que constitue l’enthousiasme tout en gardant les pieds sur terre? C’est la question à laquelle nous allons tenter de répondre en étudiant le concept d’enthousiasme raisonnable


L’enthousiasme raisonnable, c’est quoi?

L’enthousiasme raisonnable consiste à éprouver une joie constante dans l’accomplissement de nos tâches tout en gardant la présence d’esprit nécessaire à un comportement rationnel. C’est un équilibre subtil de motivation qui nous tire de l’apathie sans pour autant que nous foncions tête baissée sans réfléchir ou que l’on parte dans toutes les directions. En cela, la concentration sera un atout de poids pour faire la part des choses et éviter de tergiverser dans de petits élans d’ardeur futiles.

Pour que ce sentiment de joie reste constructif, il faudra le focaliser sur la tâche elle-même plus que sur le résultat. En somme, nous devons ressentir la joie du moment présent et non pas anticiper le succès de notre travail. A défaut, nous serions exposés à de cuisantes déceptions lors d’éventuels échecs.

A terme, l’enthousiasme raisonnable contribue grandement au bonheur. Il a notamment le pouvoir de nous projeter plus souvent dans l’état de flow, ce fameux état de productivité optimale où l’on est complètement absorbé par nos tâches et où les heures défilent comme des minutes.

Désamorcer les poisons de l’esprit

Avant d’entreprendre toute action, il sera bon de reconnaître la source de notre motivation : sommes-nous poussés par un sentiment noble d’amour altruiste ou bien par la haine ou l’avidité?

Il faut bien voir que la haine et l’avidité sont deux sentiments qui déforment la réalité. Le premier amplifie les défauts de son objet et ignore ses qualités. A l’opposé, l’avidité nous fait percevoir son objet comme désirable à tout point de vue et en ignore les défauts. Nous devrons donc réduire ces biais si nous voulons avoir une vision rationnelle des choses.

Il est naturel de désirer. Le désir est une force qui joue un rôle essentiel dans la réalisation de nos aspirations. Mais lorsque le désir cesse de nous inspirer et se met à nous consumer, il devient un fardeau. Pour nous libérer du désir et de l’avidité, nous pouvons appliquer quelques remèdes tels que se calmer grâce à la respiration profonde, ressentir la joie du moment présent, ou méditer sur les aspects moins attrayant de l’objet du désir.

La haine quant à elle, et la colère égocentrique qui l’accompagne, se manifestent lorsque quelqu’un fait obstacle à nos exigences. On essaye alors de l’écarter sans considération pour son bien être. L’animosité qui découle de ce sentiment nous donne l’illusion que la source de notre insatisfaction réside entièrement à l’extérieur de nous même, alors qu’en réalité, tout se passe dans notre esprit. Pour contrecarrer la haine, nous devons accepter que quelqu’un qui s’est comporté avec malveillance n’est lui-même que la victime de ses propres démons. Il n’en mérite donc pas moins notre considération et notre respect.

Provoquer l’enthousiasme

Quand on manque d’enthousiasme, c’est habituellement parce que nous sommes trop paresseux. La paresse peut prendre trois formes :

-La répugnance à l’effort : elle est dû en général à un manque de passion. On est en quelque sorte blasé et on aime se contenter de notre situation actuelle. Il est bon alors de se rappeler de la valeur de l’existence humaine et surtout de la brièveté de la vie. Contempler toutes les belles choses qui s’offrent à nous sera l’occasion d’alimenter notre inspiration et par là même de raviver notre enthousiasme à réaliser nous même de belles choses.

La peur de l’échec : elle est dû à un défaut d’estime de soi. On se dit que ce que nous aimerions faire est au delà de nos capacités. On préfère donc ne pas s’engager de peur d’échouer. Nous devons à ce moment prendre conscience de notre potentiel de changement, et nous rappeler notamment que l’échec fait partie du processus normal d’apprentissage.

La procrastination : la procrastination consiste à dilapider son temps dans des activités insignifiantes au mépris de ce que l’on sait être le plus important. Pour y remédier, nous devons apprendre à nous focaliser sur nos priorités, et nous mettre une pression suffisante grâce à des limites de temps. Car nous savons que quoi qu’il advienne, le flot des tâches ordinaires n’aura jamais fini de s’écouler.

Eviter que la machine ne s’emballe

A l’opposé de la paresse, un excès d’enthousiasme peut se manifester de deux manière différentes : la distraction et l’effort excessif.

La distraction, tout d’abord, est le reflet d’un esprit indiscipliné et chaotique. Prenons l’exemple de quelqu’un qui veut apprendre à conduire. Au début, une erreur fréquente est de faire des mouvements brusques avec le volant pour compenser les erreurs de direction. Dans le feu de l’action, on ne se rends pas compte de notre erreur. Mais si l’on se concentre sur ce que dit le moniteur, on apprends peu à peu à regarder loin devant nous et on arrive bientôt à avancer droit sans effort. Ainsi nous devons sans cesse rediriger notre attention sur ce que dit le moniteur afin de progresser, même si cela nous paraît contre-intuitif.

L’effort excessif quant à lui a pour racine l’impatience ou l’exaltation. Par exemple, le conducteur débutant peut avoir des envies de vitesse, ou encore s’aventurer dans des endroits dangereux pour “apprendre plus vite”. Pourtant, celui-ci aura intérêt à tempérer ses ardeurs s’il veut demeurer en un seul morceau! Lorsqu’un tel sentiment s’empare de nous, il est bon d’examiner rationnellement la manifestation de cette émotion afin qu’elle perde peu à peu son emprise.

Conclusion

Nous avons vu que l’enthousiasme raisonnable est un subtil équilibre : il exige de savoir modérer les émotions toxiques qui nous animent au profit de sentiments plus nobles et de savoir réguler l’intensité de notre enthousiasme de façon à agir avec constance et lucidité.

A cette fin, le développement de notre concentration et de notre vigilance sera une compétence précieuse. Pour la développer, rien de tel que la méditation. J’en profite donc pour vous conseiller l’ouvrage L’Art de la Méditation de Matthieu Ricard, dont beaucoup d’idées étayent cet article.

A explorer également : l’écriture d’un journal personnel. Cet outil d’introspection vous permettra à coup sûr de mieux comprendre le cheminement de vos émotions, et donc d’apprendre à mieux les contrôler.

Sur ce, je vous invite à partager vos réactions à l’article dans les commentaires…

4 commentaires sur l'article “Cultiver l’enthousiasme raisonnable

  1. Thomas

    J’apprécie l’approche que tu emploies pour aborder le thème de l’enthousiasme. Il est vrai qu’on sous-estime peut-être trop souvent les effets non désirables de l’enthousiasme et de la nature des causes qui l’engendre.

    Pour combattre la procrastination sur l’ordinateur, il y a un excellent outil gratuit qui permet d’observer la gestion de son temps : rescue time (http://www.rescuetime.com/)

    Il m’a personnellement aidé à prendre conscience du temps que je perdais à voir peut-être 20 fois le même site en une journée ou encore à me détourner de mes objectifs initiaux…

  2. Alexandre Auteur de l'article

    @Thomas : merci pour ton commentaire, je commençais à me demander s’il y en aurait 1 un jour lol!

    Au sujet de RescueTime, j’ai en effet entendu parler d’outils similaires. Peut-être que je sous-estime l’outil mais pour l’instant il me semble que je suis assez conscient de mes « mangeurs » de temps. Il y a Gmail, Youtube, le visionnage des films, l’écoute de mes MP3s. Et puis bien entendu les choses vraiment essentielles comme mes recherches sur le net, l’écriture de mon journal personnel, de mes articles, la maintenance de mes sites et mes outils d’entraînement de la mémoire…
    En règle générale j’ai souvent trop d’idées de choses utiles à faire et d’engagements que je dois rattraper pour glander trop longtemps sur des sites qui m’apportent peu. Bien que je ne nie pas que j’ai des faiblesses de temps à autre comme tout le monde.

    En dehors de localiser le site qui te prenait beaucoup de temps, est-ce que tu penses que tu vas utiliser cet outil régulièrement à long terme?

    A+

  3. Thomas

    @Argencel : Je n’ai utilisé l’outil que pendant deux semaines et je savais déjà où je « perdais » vraiment mon temps (procrastination). Là où l’outil m’a vraiment été utile, c’est qu’il m’a permis d’entreprendre une démarche (j’ai décidé de faire quelque chose pour résoudre quelque chose) concrète.

    Aussi, à chaque fois que je retournais sur le même site pendant la même journée (parfois juste après avoir refermé le site…), une ampoule s’allumait dans ma tête et me disait : « attention, tes résultats « RescueTime » seront négatifs » 😉 C’est comme si je prenais ENFIN conscience de ce que je faisais alors qu’auparavant, j’agissais par automatisme (même si c’est contre tout ce que je pense héhé).

    Après 2 semaines, toutes mes mauvaises habitudes sont éliminées… De plus, je n’aurais jamais imaginé que mes mails me prenaient autant de temps !

    Pour conclure, je pense que cela dépend des gens mais qu’on ne risque rien à essayer.

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