Comment être perçu comme quelqu’un d’efficace ?

Par | 24 mai 2011

Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir Hervé Petit, du blog Vaincre anxiété et dépression. Hervé est psychologue, et il va nous aider à améliorer l’image que nous renvoyons de nous-même à notre entourage…

Comment être perçu comme quelqu'un d'efficace ?

Connaissez-vous cette blague ?

Le paradis est un endroit où :

  • les cuisiniers sont les français
  • les policiers sont les anglais
  • les travailleurs sont les allemands
  • les amants sont les italiens
  • le tout est organisé par les suisses

L’enfer est un endroit où :

  • les cuisiniers sont les anglais
  • les policiers sont les allemands
  • les travailleurs sont les français
  • les amants sont les suisses
  • le tout est organisé par les italiens

Elle est tarte mais m’amuse toujours autant, notamment d’imaginer un monde organisé par les italiens. D’où vient ce côté rigolo ? D’un stéréotype. Nous sommes nombreux à partager des croyances à propos de grands groupes sociaux. En l’occurrence, par exemple : les italiens sont désorganisés.

Ces croyances sont fausses ou bâties à l’emporte-pièce, certes, tout le monde le sait…

Néanmoins, imaginez que vous ayez besoin des services d’un consultant. Vous en parlez par hasard à votre copain Gérard, lequel vous dit “ah c’est marrant, j’étais au lycée avec deux types qui font ça. D’ailleurs l’un était organisé comme un allemand et l’autre organisé comme un italien”. Cela vous incitera à choisir le premier. Cette formation d’impression lui donne une valeur ajoutée qui, notez bien, n’a pourtant rien à voir avec la qualité effective des services fournis dont nous ignorons tout.

Aussi, il ne suffit pas de s’organiser correctement, encore faut-il que l’autre vous considère comme étant organisé. Cela vaut bien entendu pour l’organisation, mais également pour tout ce qui augmente votre valeur dans un contexte de travail : être consciencieux, travailleur, ambitieux, et bien sûr être efficace.

croissance

« Mais alors », vous exclamez-vous, « être sympa, gentil, agréable, charmant, drôle, ça ne compte pas ? Cela n’augmente pas ma valeur pour autrui ? » Eh bien disons que cela marche moins bien et ce n’est pas toujours une bonne stratégie.

Pour comprendre, sachez que la valeur qu’on attribue aux autres se divise en deux dimensions indépendantes :

  • une partie relative à l’efficacité : ce type est plus ou moins efficace
  • une partie relative à l’affectif : ce type est plus ou moins sympa

Comme exemple, considérons quatre personnes :

  • votre collègue Alphonse, qui est un ingénieur compétent et avec qui vous rigolez bien devant la machine à café (efficace / sympa)
  • votre patron Robert, qui est polytechnicien mais qui est d’un contact très froid (efficace / pas sympa)
  • votre copain Gérard, lequel est parfaitement heureux d’être chômeur de longue durée et qui est un super boute-en-train (pas efficace / sympa)
  • votre voisin Régis, qui n’en fout jamais une broque et qui est hyper désagréable (pas efficace / pas sympa)

Et voilà la valeur qu’ils ont pour vous :

Utilité

Ce qui est intéressant dans cette histoire c’est que votre copain Gérard (le chômeur boute-en-train) n’a pas pour vous moins de valeur que votre patron Robert (le polytechnicien froid). Seulement si vous recherchez quelqu’un dans un contexte amical et sympa, une personne à haut capital sympathie comme lui aura pour vous plus de valeur. Vous n’en avez alors rien à faire qu’il soit chômeur.

A l’inverse, dans un contexte de travail, votre patron Robert (le polytechnicien froid) aura pour vous plus de valeur que Gérard (le chômeur boute-en-train). A Robert la question sur le pilotage de projet, à Gérard la soirée barbecue.

Moralité : la valeur qu’autrui a pour nous (et donc que nous avons pour autrui) dépend du contexte. Ce n’est pas une donnée absolue. C’est ce qui fait que si vous avez la malchance de devoir évaluer professionnellement un copain que vous adorez mais dont vous n’estimez pas le travail, vous provoquerez désillusion brutale et rancunes tenaces. Cela fonctionne tout aussi bien si c’est vous, le malheureux évalué…

En conséquence, pour être vu comme efficace par votre patron il faut cibler des choses qu’il valorise en contexte de travail et non pas en contexte amical. Augmenter son capital sympathie n’est donc pas une bonne stratégie.

Mais vous allez me dire : “Etre organisé et efficace dans sa vie personnelle augmente aussi votre valeur !”. Pour le savoir, il n’y qu’à voir l’importance que cela revêt quand on a un gamin à aller chercher à la crèche, l’autre à amener chez le dentiste, le goûter d’anniversaire pour dix bambins à préparer et la réunion de parents d’élèves de 19h30 en plus de ses tâches quotidiennes.

débordé

Et effectivement il y a une intrusion des valeurs d’efficacité dans le domaine personnel, de la même façon que si vous êtes désagréable avec tout le monde au boulot, votre productivité s’en ressentira car personne ne voudra travailler avec vous.

Aussi vais-je vous donner une petite astuce pour gagner sur les deux tableaux, c’est-à-dire qui vous permettra d’être perçu comme quelqu’un d’efficace quel que soit le contexte. Pour cela il faut expliquer ce qui vous arrive en bien et en mal comme étant de votre responsabilité. En d’autres termes, assumez vos réussites ET vos échecs.

Cela n’a l’air de rien mais en fait quand on veut donner une bonne image de soi, on a tendance à assumer nos réussites mais PAS nos échecs. On dit avoir réussi parce que l’on a travaillé ou grâce à notre compétence mais on a raté à cause de facteurs extérieurs ne dépendant pas de nous : le temps était mauvais, on vous a donné un autre travail en même temps, il y avait la conjoncture, le mauvais temps ou tout ce que vous voulez… Vous n’y croyez peut-être pas mais cela est amplement démontré par un paquet d’études de psychologie sociale depuis les années 80.

Par contre, quand on juge si quelqu’un est de valeur ou non, on préfère systématiquement les gens qui expliquent leurs réussites ET leurs échecs par leur action et qui s’en attribuent la responsabilité.

Et, cerise sur le gâteau, cela marche quel que soit le contexte.

Les plus curieux d’entre vous se demanderons pourquoi est-ce que cette stratégie incite autrui à penser que vous êtes efficace ?

C’est que si vous expliquez ce qui vous arrive par votre action, vous activez chez votre interlocuteur des petits automatismes psychologiques. Je vous fais grâce de l’explication fine du phénomène mais grosso modo, vous triez ainsi l’environnement social à sa place et lui évitez donc de le faire lui-même.

orientation

Cela ne vous fera pas passer pour quelqu’un de plus sympa, mais en revanche, cette stratégie toute simple augmentera l’efficacité que l’interlocuteur vous attribue. Ce phénomène est tellement ancré dans nos sociétés occidentales, que cela marche aussi en contexte amical.

Et vous voulez savoir le mieux ?

  • Plus vous le ferez, plus vous passerez pour efficace.
  • Mais en outre, plus vous le ferez, plus vous penserez effectivement que ce qui vous arrive provient de votre action et non de l’environnement.
  • Ce qui par effet de croyance augmente la proactivité, c’est-à-dire la tendance à accentuer son contrôle sur les éléments contrôlables de l’environnement. En effet, plus vous croyez que vous pouvez contrôler, plus vous tenterez de contrôler, et donc serez proactif.
  • Et cette proactivité améliorera en retour réellement votre efficacité.

L’explication de ce qui vous arrive par votre action fait partie des stratégies simple qui sont gagnantes sur tous les tableaux, elle est donc à utiliser sans modération.

Blog

Cet article a été écrit par Hervé Petit, psychologue du blog vaincre anxiété et dépression où il vulgarise les outils qu’offrent sa matière pour dépasser ces pathologies et les divers petits tracas de la vie que nous traversons tous.

Voici quelques-uns de ses meilleurs articles :

Crédits photos : N’ayez pas peur !! La fabrique de Blogs, myrrh_ahn, Mehdi Drouillon – PhotoBlog

13 commentaires sur l'article “Comment être perçu comme quelqu’un d’efficace ?

  1. Elisandre (le Royaume Amoureux)

    Bonjour
    Intéressant cet article !
    Tout est bien là quand même, « être perçu » ou « être » tout court ? Le jeu des apparences est parfois trompeur.
    Nous sommes dans un monde où l’on privilégie les apparences souvent, au détriment de la profondeur.
    Il me semble parfois, mais je ne généralise pas, que l’air que l’on se donne n’est pas toujours sous-tendu par une réalité…
    Article qui interpelle pour méditer sur soi-même et nos « apparences », nos appâts rances…je n’ai pu éviter ce jeu de mot…et voilà que je vais avoir l’apparence d’une « plaisantine » (le féminin existe t-il ?)
    Elisandre

  2. Alexandre Auteur de l'article

    @Elisandre : merci pour ce retour, en effet se concentrer sur l’apparence serait contre-productif. Et de toute façon s’il n’y a rien derrière, notre entourage finit toujours par s’en apercevoir :)

  3. amine

    merci pour le post ,etre efficace a mon avis est le but de toutes personne,mais je pense que c’est un long processus qui s’aquis avec le temps et la pratique,commencer par des petits objectifs et d’augmenter selon nos progrés c’est la clé.
    a bientot

  4. Vellodrom

    Bonjour,
    Merci pour l’article, même si je pas très convaincu de cette approche de « d’expliquer ce qui vous arrive en bien et en mal comme étant de votre responsabilité » sur tout en mal, je pense cela ne créera pas d’apparence d’efficacité !
    il se peu que je suis pas psychologue pour bien comprendre le truc, mais je pourrai pas suivre ton conseil si je suis pas convaincu,
    A+

  5. Hervé

    Il y a en fait deux niveaux de traitement.

    Le premier est celui que l’on a quand on réfléchit un peu à la situation. On préfère alors généralement une personne qui explique aussi ses échecs par son action car on en infère :
    1) qu’elle tire les leçons de son expérience
    2) qu’elle a de meilleurs résultats car elle n’est pas le jeu des contextes changeants.

    Le second niveau de traitement est celui que j’ai rapidement évoqué, plus enraciné dans des mécanismes automatiques inconscients. Il est très puissant et très rapide. Ainsi une expérience a montré qu’entre deux phrases expliquant un même événement (réussite ou échec), l’une liée à l’individu et l’une liée au contexte, on préférait la première même si les phrases étaient présentées si vite que l’on avait pas le temps d’avoir conscience de les avoir lues (en quasi subliminal).

    Ensuite, bien sûr, il vaut toujours mieux avoir des ressources d’efficacité réelle sous le coude.

  6. Olivier

    Merci pour cet article très intéressant.

    Pour poursuivre la discussion sur les apparences, je pense que l’on peut quand même y trouver un aspect positif. En adoptant une apparence qui veut faire responsable, on se conditionne pour être responsable.

    Une petite suggestion de forme par rapport au schéma pas efficace / efficace : je pense qu’il faudrait placer « pas efficace » à gauche et « efficace » à droite du schéma. Comme ça le « efficace et sympa » se retrouve en haut à droite. Inconsciemment et visuellement cela fait penser à une flèche qui monte de bas en haut dans le sens de lecture (je ne sais pas si mon explication est très claire …)

  7. Alexandre Auteur de l'article

    @amine : eh oui, c’est clairement une quête sans fin, tout en sachant garder bien sûr toute notre humanité :)

    @Vellodrom & Hervé : Je comprends tes craintes Vellodrom, mais je suis d’accord avec Hervé. Il vaut mieux quelqu’un qui assume le fait d’être imparfait, plutôt que quelqu’un qui se prétends parfait mais qui n’assume pas ce qu’il lui arrive.

    @Olivier : oui je vois ce que tu veux dire, d’habitude on met l’exemple à suivre en haut à droite. Bon c’est vrai, mais c’est quand même suffisamment compréhensible, accordons un peu d’imperfection à cet article :)

  8. Hervé

    A titre d’illustration, regardez comment la numéro 2 mondiale de tennis, Kim Clijsters explique qu’elle se soit faite sortir par une inconnue à Rolland Garros. Elle utilise des explications liées à elle (doute, problèmes de lancer de balle…) et non aux circonstances même quand on les lui offre sur un plateau (blessure à la cheville). Demandez-vous ensuite si cela vous donne confiance en elle ou pas pour l’année prochaine :

    Vous sembliez avoir le match en main et puis il vous a complètement échappé, que s’est-il passé ?

    « J’ai du mal à comprendre. Je me sentais en contrôle, elle ratait pas mal, je bougeais bien. Et puis, soudain, j’ai commencé à douter, ce qui est un très mauvais réflexe sur terre battue. Elle a pris confiance et a commencé à jouer de mieux en mieux. Elle m’a fait reculer, je n’arrivais plus à développer mon tennis agressif au troisième set. J’ai aussi connu un gros problème avec mon lancer de balle. C’était soit trop à droite, trop à gauche ou trop en avant. Je n’ai jamais trouvé mon rythme au service, ce qui explique mes dix doubles fautes. »

    Est-ce que vous étiez diminuée physiquement ?

    « Ma cheville va bien et n’a rien à voir avec cette défaite. J’étais prête, sinon je ne serais pas venue à Roland-Garros cette année. Physiquement tout allait bien. J’ai fait du mieux que j’ai pu vu les circonstances. »

    Regrettez-vous d’être venue alors que vous étiez longtemps incertaine pour le tournoi ?

    « Encore une fois, je me sentais prête. Je suis contente d’avoir essayé. Je ne vais pas dire, maintenant que j’ai perdu, que je n’aurais pas du venir. Ce serait vraiment une attitude de +loser+. Non, je ne regrette pas, je sentais que tout allait presque bien. »

    Pensez-vous pouvoir un jour gagner ici, à Roland Garros ?

    « Oui, bien sûr. À chaque fois que je pense à Roland Garros, je me dis que ma performance est souvent bonne, ici. Mais il faut encore que je m’améliore, en tout cas que je fasse mieux qu’aujourd’hui. »

    Source : http://roland-garros.sport.francetv.fr/tennis/grand-chelem/79527-clijsters-jai-commenc%C3%A9-%C3%A0-douter

  9. Claude

    Excellent article, avec une technique simple à comprendre à appliquer, et qui plus est qui rend le monde plus transparent et honnête. Que demande le peuple ?

    Reste à voir comment l’appliquer au quotidien, notamment quand le courage fait défaut ou quand nous sommes emportés dans le tourbillon du quotidien…

  10. Yves

    Je vais essayer de mettre cet article à profits ! Merci

  11. Mestizaje

    Merci pour cet article !
    Je trouve la conclusion assez puissante : en assumant ses actes, on devient de fait plus efficace et digne de confiance.
    Je dois faire un retour sur un gros projet que j’ai mené : je vais essayer d’appliquer, y compris sur mes points faibles, en suivant l’exemple de Kim Clijsters :)

  12. Jean

    Bonjour,

    J’ai lu attentivement votre texte, je le trouve intéréssant.L’éficacité est la chose la plus utile dans le domaine professionel,c’est ce qui permet que nous soyons honorés, respectés,mieux payés,pour en citer ces avantages parmi tant d’autres.Il est important comme vous le dites que nous assumions nos échecs,cela montre que nous sommes responsables et ainsi attire la sympathie ,c’est aussi un signe qui prouve que nous allons faire notre mieux prochainement. Assumer ses échecs est un acte courageux. utiliser les echecs comme outil d’évaluation de nos faiblesses ainsi pour nous perfectionner.

  13. RIO

    Le mapping Sympa/efficace me rappelle mes cours de marketing, c’est marrant comme tout est lié !

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