Célébrer l’imperfection

Par | 29 octobre 2012

Célébrer l'imperfection

Etes-vous accroc à la perfection ? Vous savez, cette allergie aux erreurs et aux petits défauts chez vous et chez les autres. Cette soif de contrôle, pour vous assurer que les erreurs soient toujours évitées ou corrigées.

Cela pourrait être le cas si :

  • Vous ne supportez pas de réaliser un travail imparfait.
  • Vous avez du mal à vous relaxer, même en vacances.
  • Vous vous perdez dans des détails insignifiants que les autres ne remarquent même pas.

A priori, cela ressemble à une vertu puisque vouloir se dépasser est essentiel pour évoluer. Mais le perfectionnisme est plus souvent synonyme de mal-être : manque d’estime de soi, anxiété, procrastination…

Dans cet article, nous allons tâcher de mieux comprendre ce trait psychologique afin de vous aider à mieux assumer votre imperfection.


Etes-vous un super héro ?

Si vous êtes un perfectionniste, vous êtes probablement tiraillé entre deux visions de vous-même.

D’un côté, votre image actuelle : une personne imparfaite qui devrait faire toujours plus pour s’épanouir et être acceptée par les autres. C’est le reflet d’une faible estime de soi, ou tout au moins d’une estime de soi "instable", qui vole en éclat à la moindre tempête.

De l’autre, votre moi idéal, une personne parfaite, un super héro ultra-discipliné qui réalise des choses aussi spectaculaires les unes que les autres, et que tout le monde admire.

Ce fossé entre votre moi actuel et votre moi idéal vous conduit à vous assigner des travaux pharaoniques ou une somme de travail très lourde que vous aurez donc du mal à supporter.

A cause de ce décalage entre ce que vous êtes capable de faire et ce que vous pensez devoir faire idéalement, vous vous décevez coup sur coup, et vous n’êtes jamais satisfait de vous-même.

Faire semblant

Cette imperfection vous gêne beaucoup car vous pensez que vous serez mieux accepté par les autres si vous brillez, si vous êtes irréprochable.

Vous êtes donc tenté de faire semblant :

  • semblant que vous avez tout compris quand on vous explique quelque chose
  • semblant que vous n’êtes pas en retard sur vos objectifs
  • semblant que vous n’avez pas besoin d’aide
  • etc

Du coup, vous ne sollicitez pas de feedback ou d’assistance de la part des autres, parce que vous croyez que cela trahirait votre faiblesse.

Mais cela n’améliore pas les choses. Vous avez sans cesse peur que si les autres analysent suffisamment vos faits et gestes, ils découvrent le pot au roses. Et cela alimente un sentiment d’imposture : vous pensez que vous ne méritez pas l’agrément des autres.

Pour de maigres bénéfices immédiat, vous avez accentué votre anxiété, et vous vous êtes créé des soucis pour l’avenir.

S’affirmer négativement

Même si c’est mieux que de jeter l’éponge, se faire passer pour quelqu’un de parfait est éreintant. A force de rester sur ses gardes, on agit mollement, on est même parfois pétrifié à l’idée de commencer une tâche complexe.

Alors au lieu de chercher sans cesse à contrôler son image, pourquoi ne pas apprendre à reconnaître et à avouer ses faiblesses et ses imperfections ?

Nous nous imaginons toujours les pires des scénarios lorsque nous sommes contraints d’avouer nos faiblesses. Pourtant, ce petit élan de franchise est souvent salvateur, tout au moins quant au poids qu’il retire de nos ruminations intérieures.

Dans son livre Imparfaits, libres et heureux, Christophe André propose par exemple, à titre d’entraînement, d’aller dans un magasin et de se faire expliquer deux fois le fonctionnement d’un appareil hi-fi ou électroménager, ou alors de se faire répéter les indications lorsqu’on demande son chemin.

Selon la situation, vous pouvez vous habituer à avouer de temps en temps une petite imperfection. Ce faisant, nul doute que vous ferez des progrès pour vous accepter tel que vous êtes.

Valoriser son travail et valoriser celui des autres

L’autre grand challenge, ce sera de vous éloigner de la pensée binaire, si révélatrice du perfectionnisme. Le “je suis bon” ou “je suis mauvais”, sans aucune autre possibilité.

En réalité, il existe presque toujours une zone grise dans laquelle vous pouvez vous situer. Même si vous avez le sentiment d’avoir échoué, vous aurez toujours la satisfaction d’avoir essayé, et d’en avoir tiré des enseignements.

Cela vaut pour vous, et cela vaut pour les autres. Le perfectionniste a souvent beaucoup de mal à féliciter son entourage, avec lequel il est aussi exigeant que pour lui-même.

Et si vous commenciez à applaudir le travail des autres, avec ses imperfections ? Bien sûr il y a des manières subtiles de le faire, mais je vous fait confiance pour trouver les bons mots Sourire

Lorsqu’on s’y prend intelligemment, célébrer l’imperfection est probablement une des manières les plus efficaces d’agir régulièrement sur ses objectifs. Car comme le disait le Cardinal Newman :

Un homme ne ferait rien s’il attendait jusqu’à ce que personne au monde ne puisse trouver un seul défaut dans ce qu’il a fait

Creative Commons License Crédit photo : priscillajp

18 commentaires sur l'article “Célébrer l’imperfection

  1. Grégory@Deviendra grand

    Outre les différents points que tu évoques, le perfectionnisme peut aussi être terrible sur le plan social. Soit parce qu’on impose ses critères aux travaux et résultats des autres, on les rabaisse ou les épuise, soit parce que tout passe au second plan, bien après sa propre course au perfectionnisme. Et cela peut avoir des conséquences fâcheuses …

    Ayant côtoyé une perfectionniste aiguë, à savoir ma mère, j’ai eu l’occasion de constater par moi-même, et de subir.

    Se débarrasser de son perfectionnisme est bon pour soi et aussi pour ceux qui nous entourent.

  2. Haissam Deguise

    Ici, je veux commenter, que personne ne peut arriver a la perfection tout seul; mais, la collaboration avec les autres; ou, le travail collectif; peut vous faire arriver au chemin de la perfection. Merci!…

  3. Julien de meilleur taux d'intérêt

    Effectivement la perfection est un problème pour tous ceux qui la recherchent dans leur projets. Bien souvent, c’est une bonne excuse pour ne pas se lancer tant que le projet n’est pas « parfait ».

    Or avec l’expérience on apprend qu’un projet préparé sur une feuille ne sera jamais parfait car la réalité est différente…

  4. apoluis

    je trouve cette article interessant pour se connaitre moi
    afin de se liberer de ce sentiment de perfectionnisme qui vraiment paralyse notre epanouissement personnel.je veux ajouter a propos de ca que la etre humain est de nature imperfectionne et seul dieu qui est perfectionne et tout ceux qui veulent apparrissent perfectionne n aboutiront pas a cet objectif car ils souffrent de complexe de divinite et deveni r dieu
    merci pour cet article

  5. Alexandre

    @Grégory : tu me fais penser au chef tyrannique :) Dur dur d’y être confronté.
    Par rapport aux parents tyranniques, c’est une source souvent citée mais je ne suis pas sûr que ce soit LA cause principale. Il faudrait voir s’il y a des recherches à ce propos. Tu en connais ?

    @Haissam : voilà une réflexion bien sage, qui nous rappelle que sans les autres, nous ne sommes rien.

    @Julien : c’est vrai que j’ai connu des gens qui n’aiment pas s’engager dans un projet s’ils voient que certains sujets ne sont pas traités de fond en comble. Mais productivité et perfectionnisme ne font clairement pas bon ménage.

    @apoluis : tiens c’est intéressant cette image du perfectionniste qui se prend pour dieu :)

  6. Valentina

    Et pourtant,voulouir toujours faire mieux,ça aide dans un travaille de recherche scientifique, par exemple. Dans les grandes decouvertes et innovations,seulement 1%c’est du genie le rest… du travaille jusqu’a perfection.Comme quoi,ça aide parfois d’etre perfectionniste…mais seulement avec le graine du genie!

  7. zenie

    Bonjour Alexandre, j’ai beaucoup évolué dans ce domaine !

    De mon coté, j’ai mis un peu plus d’honnêteté dans ce que je dis et je cherche toujours à améliorer des petites choses sans que cela tourne à l’obsession, je fais de mon mieux (4eme accord toltèque ).

    Pour les gens qui m’entourent, je vais dire que j’ai arrêté de les juger et que je regarde ce que je peux apprendre d’eux.

    zenie

  8. halima

    bonjour, je prépare ma thèse en mathematiques, je me trouve perdu dans les petits détails, qui me demandent de modifier et de refaire les calculs. vous m’avez demandé de commencer par les taches les plus intéressants, merci, ca m’a aidé, mais l’habitude fait son affaire(je me retrouve ds les details!)

  9. janklaud

    Il m’est venu ce titre pour un article de mon blog;
    DIEU SE FOUT DE LA PERFECTION, puisqu’il a créé un monde imparfait en devenir constant.
    La perfection est un mirage et non un miracle car une fois atteinte elle devrait se figer dans l’espace-temps et par là-même être instantanément dépassée!Donc soyons heureux d’être imparfaits sans pour autant nous vautrer dans la médiocrité

  10. Fidjo

    Franchement en lisant l’article et ses commentaires je compte ajouter quelque chose, élargir le commentaire de Apoluis. C que on ne pas être perfectionnsite et ça jamais si Dieu ne l’a pa accepté. Lêtre, sl, qui est parfait c Dieu car il a tt, il peut faire tt ce qu’il veut. C à lui de choisir, de mesurer toutes ses décisions. Or si on est perfectionniste ça veut dire qu’on est dieu ou que Dieu l’a voulu. Il vaut mieux être soi-meme que de se passer pour 1 autre. Sinon c de l’hypocrisie.

  11. Alexandre Auteur de l'article

    @Valentina : pertinente remarque. Bien sûr, ici je ne préconise pas d’avoir pour objectif de réaliser un travail médiocre. Mais d’être conscient que des exigences démesurées nuisent au bon déroulement des tâches. Pour reprendre ton exemple, un scientifique perfectionniste aurait tendance à peaufiner des théories à l’infini, éternellement insatisfait du résultat, et il ne publierais donc jamais son travail.

    @zenie : je crois que tu as mis le doigt sur le bon terme : « obsession ». C’est cette obsession de la perfection qui nous pèse, alors qu’en se relâchant un peu, on peut arriver à un résultat excellent sans être terrorisé à l’idée qu’un petit défaut ait échappé à notre contrôle.

    @halima : hello Halima, ton cas est intéressant. Je vais te contacter en privé, ainsi tu pourras me donner plus de détails sur le contexte de ta problématique.

    @Fidjo : merci pour ton commentaire, mon article n’a pas vocation à discuter du rôle de Dieu dans le perfectionnisme. Mais rester soi-même est bien l’une des idées que je voulais faire passer dans cet article :)

  12. hassoun

    Je voudrais bien vous remercier

    Cet article reflète votre puissant niveau culturelle,je veux tout simplement ajouter un proverbe:des erreurs qu’apprennent les gens;

    si vous me permettez comment un fichier en lecteur le transformer en fichier normal

  13. richemond

    cet article est superintéressant! Il répond bien a mon cas.

  14. Pingback: Mieux contrôler pour ne plus déraper

  15. Pingback: Perfectionnisme toxique / perfectionnisme constructif : comment faire la différence ?

  16. Brice

    Super !

    Célébrer les imperfections et les opportunités d’apprentissage, voilà qui est bien dit !

    J’aime cet état d’esprit.

    A bientôt.
    Brice

  17. Stéphane de Qui Recherche

    le titre et la photo de ce billet sont si explicites. je t’emprunte la citation finale. très intéressant et instructif ce billet, on ne saurait faire plus clair.

  18. Olivier Monteux

    Bonjour Alexandre,

    trop souvent j’entend des gens me dire: « J’attend que mon blog soit parfait avant de poster mon premier article » ou « comme je suis mauvais en Francais, je préfère attendre d’être sur a 100% d’avoir corrigé toutes les fautes de mon article avant de le poster » etc…

    Et oui la recherche de la perfection n’est pas une bonne chose car elle empêche souvent le passage à l’acte !

    Soyons imparfait et agissons !

    Olivier

Les commentaires sont fermés.